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mercredi 23 mars 2011

LES PHASES DE RÉACTIONS SUITE À UNE AGRESSION

Après un traumatisme, on va habituellement vivre trois grandes phases de réactions : la phase de crise, la phase post-traumatique et la phase de résolution.

1 - PHASE DE CRISE

2 - PHASE POST-TRAUMATIQUE
3 - PHASE DE RÉSOLUTION

Pendant et immédiatement après le traumatisme. L’état de CHOC.

Phase d’assimilation après le choc. Le système physiologique tente de s’adapter, de « digérer » l’évènement.

Disparition des symptômes.

ou
Les symptômes demeurent chroniques, se cristallisent; il n’y a pas de résolution.


LA PHASE DE CRISE a lieu pendant et immédiatement après l’évènement. C’est l’état de choc : vous pouvez vous sentir désorienté-e et confus-e, avoir de la difficulté à penser clairement ou même parler, marcher. La peur est souvent omniprésente. L’incrédulité est aussi courante. Les victimes vont avoir beaucoup de difficulté à croire ce qui est en train de leur arriver ou ce qui s’est passé. Si vous avez été victime d’une agression interpersonnelle, vous avez peut-être ressenti du dégoût face aux objets ou aux parties de votre corps qui ont été touchées par l’agresseur. Certaines victimes vomissent ou ont d’importantes difficultés intestinales à la suite du traumatisme. Vous avez peut-être ressenti beaucoup de solitude.

LA PHASE POST-TRAUMATIQUE est la phase d’assimilation : après le choc de la phase de crise, tout votre système psychologique tente de réagir à ce qui s’est passé, de s’adapter à cet évènement et de le « digérer ». Les symptômes post-traumatiques se regroupent en trois catégories :

  1. les symptômes de reviviscences (souvenirs, cauchemars, flashbacks, détresse psychologique ou signes physiques lorsque vous êtes en contact avec des éléments qui vous rappellent l’évènement traumatique, etc.)

  1. l’évitement ou l’émoussement (éviter les pensées, les sentiments, les conversations, les endroits ou les gens associés ou qui éveillent l’évènement traumatique, incapacité à se rappeler un élément important de cet évènement, diminution d’intérêt pour des activités autrefois importantes, sentiment de détachement par rapport aux autres, etc.)

  1. les symptômes d’hyperactivation (difficultés reliées au sommeil, irritabilité ou colères soudaines, difficultés de concentration, hypervigilance, etc.).

Chaque personne vit ces symptômes à des degrés divers. Ces symptômes peuvent durer plusieurs mois. Bien qu’ils se vivent habituellement après la phase de crise, il arrive aussi qu’ils se manifestent plusieurs mois, voire plusieurs années plus tard. Les symptômes post-traumatiques sont alors considérés comme « en état de dormance » et peuvent réapparaître à la suite d’un évènement déclencheur qui comporte habituellement des similitudes avec l’évènement initial.

LA PHASE DE RÉSOLUTION peut prendre deux formes.

Dans un cas, vous avez bien intégré l’évènement et il y a effectivement résolution de vos symptômes. On assiste à une diminution de la peur, de la colère, de la tristesse. Il y a  un regain d’intérêt  pour des projets, des activités ou des relations interpersonnelles. Vous vous sentez plus en forme, moins fatigué-e et moins abattu-e. Vous envisagez un retour au travail et une reprise de vos activités. Le souvenir de l’évènement traumatique lui-même sera moins douloureux. Vous serez moins bouleversé et quand cela tombera sur le sujet, vous pourrez vous en souvenir et en parler avec moins d’émotions.

 Dans l’autre, les symptômes restent chroniques et cristallisés. La victime peut se sentir en perte d’autonomie chronique et peut dépendre des autres pour certaines choses parce que la peur reste trop vive. Certaines victimes souffriront d’une baisse importante d’estime de soi. Elles douteront de façon chronique de leurs capacités et de leur valeur. Certaines victimes auront l’impression qu’elles ne seront plus jamais comme avant, plus capable d’aimer ou de faire confiance à quelqu’un.

Chaque personne a une façon bien personnelle de réagir à un évènement traumatique; par conséquent, d’autres symptômes  (dépressifs, suicidaires, problèmes physiques, anxieux, abus de substances, difficultés relationnelles) peuvent se greffer aux précédents. Certaines victimes peuvent se sentir de cette façon pendant des années avant qu’il y ait diminution des symptômes. Les séquelles chroniques d’un évènement traumatique semblent parfois insurmontables. Il est alors préférable d’aller chercher de l’aide afin de diminuer la détresse et retrouver une qualité de  vie.

Un diagnostic de TROUBLE DE STRESS POST-TRAUMATIQUE (TSPT) sera probablement posé si vous présentez les symptômes suivants :

CRITÈRES DIAGNOSTIQUES
MINIMUM REQUIS
A. Évènements traumatiques
A1. Menace à sa vie, à son intégrité physique
A2. Présence de peur intense, d’horreur ou d’impuissance
B. Reviviscences
1 des 5 symptômes possibles  (voir A)
C. Évitement et émoussement
3 des 7 symptômes possibles  (voir B)
D. Hyperactivation
2 des 5 symptômes possibles  (voir C)
E. Durée d’un mois
Durée minimale d’un mois symptomatique
F. Détresse significative
Détresse et séquelles des sphères significatives


Extrait/résumé/ adapté de Brillon, Pascale, Ph.D., Se relever d’un traumatisme, Les Éditions Quebecor, 2004

DIVERSES RÉACTIONS OU MANIFESTATIONS peuvent surgir immédiatement après l’agression ou plusieurs années plus tard.

Tu peux ou pourrait vivre / ressentir :

Des problèmes physiques (blessures, infections transmises sexuellement et par le sang - ITSS, grossesse, fatigue, troubles du sommeil et cauchemars, maux de tête, de dos, étourdissements, nausées, perte d’appétit, problèmes digestifs, d’élimination et/ou menstruels, douleurs chroniques).

Des problèmes psychologiques (tristesse,  dépression, idées suicidaires, sautes d’humeur, découragement, colère, rage, peurs, anxiété, diminution du seuil de tolérance, crises de  panique, troubles de stress post-traumatique, culpabilité, honte, faible estime de soi, automutilation).

Des difficultés relationnelles avec la famille, les amis, « le chum/la blonde », les collègues d’études ou de travail, les enseignants et autres adultes en autorité.

Des difficultés sexuelles (baisse de désir, hypersexualité, douleurs lors des relations, dégoût).

Des problèmes de dépendances ou de compulsion (alcool, drogues, nourriture, médicaments, jeu, travail, contrôle).

Des troubles alimentaires (répulsion face à certains aliments-couleur, consistance, compulsion, anorexie, boulimie).

Des problèmes au niveau scolaire (absentéisme, échecs scolaires, décrochage)

Des problèmes au niveau social (isolement, tendance à la revictimisation, transgression des lois établies, vol, vandalisme, violence, gang de rue, prostitution)

Des difficultés sur le plan économique (arrêt de travail, dépenses en lien avec la dépendance ou la compulsion, frais pour les soins de santé).

Le fait de recevoir de l’aide le plus rapidement possible permet de diminuer les conséquences.

LES ÉMOTIONS, LES SENTIMENTS SUITE À UNE AGRESSION


Pendant et suite à une agression, l’on peut vivre différentes émotions : peine, agressivité, colère, rage, peur, terreur,  tristesse, découragement, déprime, solitude, impression d’être incompris-e, irritabilité, sautes d’humeur, diminution du seuil de tolérance, impression qu’une partie de nous est morte, s’est brisée. Toutes ces émotions sont normales et peuvent, selon les victimes, être d’une intensité variable et se présenter à différents moments dans le processus de guérison.

Les sentiments de HONTE liés à la sensation d’être sale, de la perte d’une certaine  pureté,  à
l’impression que cela est su de tous, d’être regardé-e différemment, à la confusion d’avoir ressenti  également du plaisir*, au sentiment d’être différent-e  des autres, d’avoir une famille différentes des autres, etc.
                et de CULPABILITÉ liés au fait de ne pas avoir résisté, de ne pas avoir crié ou d’avoir bu,  accepté une invitation, ouvert la porte à un inconnu, « fait des avances »
 sont aussi fréquemment présents.

Parfois la victime aura tendance à excuser l’agresseur : il n’était pas dans un état normal (il avait bu, pris de la drogue), je l’ai fâché-e/contredit-e et a perdu patience par ma faute, j’étais habillé-e trop légèrement, il/elle vivait une période difficile, c’est la première fois, ce n’est pas dans son habitude, il/elle a perdu la tête. AUCUNE SITUATION NE PEUT JUSTIFIER LE COMPORTEMENT D’UN-E AGRESSEUR-E SEXUEL. L’AGRESSEUR-E EST TOUJOURS RESPONSABLE DE SES GESTES.

POSEZ-VOUS LES QUESTIONS SUIVANTES : Est-ce que tous ceux qui avaient bu ou pris de la drogue vous ont agressé-e? Est-ce que tous ceux avec qui vous avez des désaccords vous agressent? Est-ce que tous ceux qui vivent des périodes difficiles usent de leur pouvoir pour vous attaquer? NON … Alors pourquoi chercher à les excuser….


*Il est possible pour une victime d’avoir une érection, d’éprouver une excitation à la suite d’une stimulation des partie génitales, même dans une situation d’agression sexuelle; il s’agit d’une réaction corporelle à une stimulation. CELA NE SIGNIFIE PAS QUE LA VICTIME ÉTAIT CONSENTANTE.

COMPORTEMENTS SUITE À UNE AGRESSION



Hyperactivation : insomnie, problème de concentration, hypervigilance (surveillance attentive et soutenue des gens et/ou de tout ce qui se passe dans l’environnement).

Évitement : éviter les pensées, les sentiments, les conversations, les endroits ou les gens associés ou qui éveillent l’évènement traumatique.

Détachement : te sentir « gelé-e », détaché-e face aux autres, avoir l’impression de ne plus rien ressentir pour ton chum/ta blonde, tes amis, pour les gens que tu aimais, te sentir (totalement) coupé-e de tes émotions.

Pertes d’intérêts : baisse d’intérêt marquée pour l’école ou des activités qui auparavant te tenaient à cœur.

Isolement : se tenir à l’écart, éloigné des autres parce qu’on a moins confiance en ceux qui nous entourent, parce qu’on a l’impression de ne pas être compris-e ou d’être différent-e.

Le danger avec l’évitement, le désintéressement et l’isolement, c’est qu’il s’auto-renforce; moins tu as le goût de faire des choses plus cela te déprime, et plus cela te déprime moins tu as le goût de bouger. Ainsi tes sentiments de tristesse et de dépression augmentent. Il est donc souhaitable que tu t’efforces, même si tu n’en a aucune envie, de rencontrer tes amis et de reprendre tes activités normales… même si, au tout début, cela te demande de l’effort et de l’énergie.