dimanche 3 avril 2011

Faire témoigner un enfant victime d’agression sexuelle


Il est parfois difficile de recueillir le témoignage des victimes d'agression sexuelle.

 

© iStockphoto.com 

Faire témoigner une victime d’agression sexuelle n’est pas chose facile, surtout lorsqu’il s’agit d’un enfant en bas âge. Mais il est possible d’obtenir des témoignages de qualité grâce à des questions ouvertes et ainsi prévenir la détresse psychologique liée au silence.

Il est difficile pour les enquêteurs et les travailleurs sociaux de recueillir le témoignage des victimes d'agression sexuelle et d'en assurer la véracité. En particulier lorsqu'ils se retrouvent devant des enfants en bas âge. Ceux-ci sont souvent influençables, ce qui fait en sorte que le type de questions détermine souvent le type de réponses.
Les données indiquent que les enfants plus âgés (de 8 à 13 ans) donnent des réponses plus riches et détaillées aux questions ouvertes.
Des questions trop directives, longues ou complexes risquent d'orienter le récit et de le rendre moins fiable. Au contraire, des questions ouvertes et basées sur la «mémoire de rappel» amènent plus de détails et des réponses plus crédibles. C'est ce que révèle une étude de Mireille Cyr, professeure au département de psychologie de l'Université de Montréal, et Michael Lamb, de l'Université de Cambridge, au Royaume-Uni.
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Les chercheurs ont testé l'intérêt d'une version française du protocole du National Institute of Child Health and Human Development (NICHD), aux États-Unis, protocole basé sur l'utilisation de questions ouvertes du type «Raconte-moi ce qui s'est passé» pour interroger les enfants présumés victimes d'agression sexuelle. Cette méthode privilégie aussi l'élimination des questions à choix multiples, qui incitent l'enfant à chercher la réponse susceptible de satisfaire l'adulte qui l'interroge. Des policiers et des travailleurs sociaux québécois ont mené 83 entretiens de ce type auprès d'enfants âgés de 3 à 13 ans. Les résultats ont été comparés à ceux de 83 entretiens réalisés avant que les intervieweurs soient formés au protocole NICHD.
Faire témoigner un enfant victime d’agression sexuelle
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Moins de questions et plus de fiabilité
Mireille Cyr constate d'importantes différences quant au genre de questions posées et aux détails obtenus entre les enquêteurs selon qu'ils utilisaient ou non le protocole du NICHD.
Les enquêteurs qui ont suivi la formation ont posé 39 % de questions ouvertes et 24 % de questions directives, comparativement à 7 % et 36 % pour ceux ne l'ayant pas reçue. Quant à la proportion de questions à choix multiples, elle est passée de 30 % à 18 % après la formation.
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L'utilisation du protocole a surtout permis de recueillir davantage de détails reliés aux faits. Avec les entrevues de type NICHD, les enquêteurs en ont récolté 30 % de plus, et 65 % de ces éléments ont été recueillis au moyen de questions ouvertes. En comparaison, 16 % des détails étaient obtenus de cette façon dans les entrevues traditionnelles. Le taux d'information moins fiable recueillie par des questions directives, suggestives ou à choix multiples passe de 75 % à 30 % avec le protocole du NICHD.
Les données indiquent aussi que les enfants plus âgés (de 8 à 13 ans) sont ceux qui bénéficient le plus des questions ouvertes du protocole. Ils donnent des réponses plus riches et détaillées que celles fournies à ce type de questions dans les autres entretiens.
Comme l'enfant livre davantage de détails, l'utilisation de questions ouvertes permet de réduire le nombre de questions posées par l'enquêteur de près de 25 %, selon l'étude, ce qui écourte l'entrevue et pourrait diminuer l'anxiété que l'enfant peut ressentir par rapport au processus.
Établir la confiance
La recherche de Mireille Cyr montre que pour arriver aux meilleurs résultats possibles, l'intervenant doit placer l'enfant en situation de confiance. Il sollicitera ensuite sa mémoire de rappel en lui demandant de décrire une chose qu'il a faite récemment. En vertu du protocole, l'enquêteur exposera ensuite clairement à l'enfant les règles de l'entrevue, à savoir qu'il est préférable de dire qu'il ne sait pas ou qu'il ne comprend pas plutôt que d'inventer une réponse susceptible de plaire. L'intervieweur doit aussi lui faire comprendre qu'il peut intervenir s'il se trompe en rapportant les faits.
Faire témoigner un enfant victime d’agression sexuelle
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Le silence entraîne des séquelles
L'importance de faire témoigner les victimes d'agression sexuelle est confirmée par une autre étude à laquelle a participé Mireille Cyr et qui révèle que le taux de détresse psychologique est beaucoup moins élevé chez les victimes qui dénoncent rapidement l'agression.
Le taux de détresse psychologique des victimes qui consultent un clinicien est de 7 % chez celles qui ont dénoncé l'agression rapidement et de 26 % chez celles qui ne l'ont pas fait, selon l'étude réalisée auprès de quelque 800 adultes québécois des deux sexes. Seulement 20 % des femmes et 10 % des hommes signalent les événements dans les 24 heures.
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Près de 25 % des personnes victimes d'agression sexuelle dans l'enfance ne révèlent jamais les sévices qu'elles ont subis (16 % chez les femmes et 34 % chez les hommes). Parmi celles qui osent révéler ces sévices, 50 % attendent plus de cinq ans pour le faire, ce qui entraîne des séquelles plus importantes.
Les sévices sexuels dont il est question vont des attouchements non désirés jusqu'au viol. Parmi les répondants, 22 % des femmes et près de 10 % des hommes disent avoir été victimes dans l'enfance.
La détresse psychologique comprend les troubles anxieux, la dépression, les problèmes de concentration et l'irritabilité. Certaines victimes vivent un stress post-traumatique, éprouvent un affaiblissement des désirs affectifs, revivent psychologiquement l'agression ou se trouvent dans un état d'hypervigilance.
Plus difficile de dénoncer un parent
Les résultats de l'étude semblent démontrer qu'il est plus facile de dénoncer une agression sexuelle lorsqu'elle est commise par un inconnu. En effet, les personnes qui tardent à parler ont plus souvent été victimes de sévices de la part d'un membre de la famille ou d'un proche.
Les agressions graves comme le viol sont commises par des personnes connues dans 85 % des cas quand la victime est une femme et dans 89 % des cas lorsqu'il s'agit d'un homme.
Références
Cyr, M., & Lamb, M.E. (2009). Assessing the effectiveness of the NICHD investigative interview Protocol when interviewing French-speaking alleged victims of child sexual abuse in Quebec. Child Abuse & Neglect, 33(5), 257-268.
 Lamb, M.E., Hershkowitz, I., Orbach, Y., & Esplin, P.W. (2008). Tell me what happened: Structured investigative interviews of child victims and witnesses. Chichester: John Wiley & Sons.
 Cyr, M., & Dion, J. (2006). Quand des guides d'entrevue servent à protéger la mémoire des enfants: l'exemple du protocole NICHD. Revue québécoise de psychologie, 27(3), 157-175.
Ligne téléphonique pour venir en aide et mieux orienter les victimes d'agression sexuelle, dans toutes les régions : 1-888-993-9007 ou à Montréal : 514- 993-9007
 Pour obtenir de l'aide: Fondation Marie-Vincent
Dernière révision
29 Mars 2010

Source : http://www.servicevie.com/vie-sexuelle/abus-deviances-et-dependances/faire-temoigner-un-enfant-victime-d-agression-sexuelle/a/2250/2

70 % des agressions sexuelles se produisent dans les résidences privées

70 % des agressions sexuelles se produisent dans les résidences privées

Par Catherine Crépeau , édimestre , Montréal, Canada

Au Québec, c'est dans les résidences privées que se produisent 70 % des agressions sexuelles. 

Contrairement à la croyance, les parcs et autres endroits sombres ne sont pas les refuges des prédateurs sexuels. Au Québec, c’est dans les résidences privées que se produisent 70 % des agressions et la majorité sont commises contre des victimes de moins de 16 ans.

© Jupiter Image Corporation

Ces données sont publiées par le gouvernement du Québec dans le cadre de la deuxième phase de la campagne gouvernementale de sensibilisation aux agressions sexuelles. Selon les statistiques colligées par les corps policiers, en 2007, les deux tiers des victimes ont moins de 16 ans et plus de 8 victimes sur 10 connaissaient l'auteur présumé de leur agression. Dans 28% des cas, il s'agissait d'une connaissance et dans 26%, d'un membre de la famille immédiate, soit un parent, un frère ou une sœur.
«Ce que je trouve particulièrement troublant, c'est que plus des deux tiers des victimes ont moins de 16 ans. On sait que parmi toutes les victimes, seulement 30% dénoncent leur agression le jour même à la police. Mais chez les jeunes filles, briser le silence prend souvent plus de temps. Ces filles-là doivent vivre plus longtemps dans la détresse», soulignait la ministre de la Justice, Kathleen Weil, lors du dévoilement de la campagne. Elle a insisté sur le fait que l'agression sexuelle est un crime grave qui doit être sanctionné par le système judiciaire.

AdvertismentSource : http://www.servicevie.com/vie-sexuelle/abus-deviances-et-dependances/70-des-agressions-sexuelles-se-produisent-dans-les-residences-privees/a/1886

Agression sexuelle: les blessures de l’âme



Les victimes d'agression sexuelle passent souvent par toute une gamme d'émotions difficiles.

Une agression sexuelle peut semer beaucoup de confusion dans l’esprit d’une personne qui en a été victime. Honte, culpabilité, tristesse, trahison, sont autant de blessures dans l’âme des personnes agressées.

Les victimes d'agression sexuelle passent souvent par toute une gamme d'émotions, parfois même contradictoires. Elles peuvent avoir peur, avoir honte, se sentir coupable, en colère, triste, trahi, déçu ou humilié. Lorsqu'elles ont été agressées par une personne qu'elles aiment bien, qu'elles connaissent et en qui elles ont confiance (membre de la famille, partenaire amoureux), les victimes peuvent avoir de la difficulté à comprendre ce qui s'est passé. Elles peuvent aussi continuer à ressentir un attachement envers cette personne et parfois tenter de se convaincre que l'agression n'a jamais eu lieu ou qu'elle n'en était pas réellement une.
La victime n'est pas coupable.
Plusieurs personnes qui subissent des agressions sexuelles se sentent coupables de ce qui leur est arrivé. La victime d'agression n'est aucunement responsable des gestes qui ont été commis à son égard; seule la personne qui a commis l'agression l'est. Ne pas avoir dit NON ne signifie pas qu'elle était consentante. Une personne qui commet une agression sexuelle utilise souvent la manipulation pour parvenir à ses fins.
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Mais qu'est-ce qu'une agression sexuelle?
Une agression sexuelle est un geste à caractère sexuel commis envers une personne contre sa volonté et son consentement ou dans une situation où le consentement n'est pas reconnu légalement. Une agression sexuelle peut impliquer l'usage de violence, de force, de menaces, d'abus de pouvoir ou encore de manipulation.
Les garçons et les filles peuvent être victimes d'une agression sexuelle. Bien que les personnes reconnues pour avoir commis des agressions sexuelles soient plus souvent des hommes, certaines femmes peuvent aussi commettre des agressions.
La personne qui commet une agression sexuelle est dans la majorité des cas une personne de l'entourage. On ne peut malheureusement pas reconnaître quelqu'un qui pose des gestes de violence à son apparence physique.

Agression sexuelle: les blessures de l’âme

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La loi du silence. Si on a vécu une agression sexuelle, il se peut que la personne qui nous a agressées ait fait des menaces ou entretienne notre peur pour éviter qu'on brise la loi du silence. Il se peut aussi qu'elle tente de nous culpabiliser pour les gestes qu'elle a commis. Il existe des moyens de se protéger. Peu importe ce qu'on a dit ou fait ou ce qu'on n'a pas dit ou pas fait (dire non, la repousser), on n'est pas responsable de l'agression. L'agresseur craint probablement les conséquences de ses propres gestes.
Tout un défi! Parler d'une agression peut représenter une épreuve dont la victime préférerait se passer. Il se peut qu'elle ait peur de la réaction de la personne à qui elle choisira d'en parler ou de la réaction des autres personnes impliquées. Il faut se rappeler que parler d'une agression n'est pas une trahison. C'est plutôt une façon d'aller chercher de l'appui et d'assurer sa sécurité pour une victime. De plus, parler d'expériences sexuelles, même lorsqu'elles n'ont pas été désirées, touche à notre intimité. Cela peut être gênant pour la victime et elle peut avoir peur de devoir répondre à des questions qui sont trop intrusives.
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Un secret trop lourd. Malgré la difficulté de parler d'une agression, le faire est un moyen de ne plus être seul, d'aller chercher de l'aide pour poursuivre son chemin, se sentir mieux, s'aider à reprendre du pouvoir sur sa vie ou encore à se protéger si les agressions persistent ou s'il y a un risque qu'elles se répètent.
À son rythme. En parler ne signifie pas qu'on doive raconter son agression avec tous les détails, ni que la terre entière doit être au courant. On peut choisir d'en parler à une personne en qui on a confiance (parent, professeur, intervenant de l'école ou du CLSC) ou appeler.
Le dépôt d'une plainte. Si la victime se sent prête, elle peut signaler l'agression aux policiers. Elle peut faire ce choix pour se protéger, protéger d'autres personnes d'une éventuelle agression ou parce que c'est sa façon de reprendre du pouvoir sur sa propre vie. Il n'est jamais trop tard pour signaler une agression aux policiers; on peut même le faire plusieurs années plus tard.
La consultation médicale. Si on a subi une agression sexuelle, il est préférable de rencontrer rapidement un médecin (en évitant lorsque cela est possible de prendre une douche ou un bain) qui pourra rassembler des preuves de l'agression; cela pourrait servir si on choisit de porter plainte plus tard. La consultation permet aussi de prévenir une grossesse ou de détecter une ITS.

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Le consentement personnel. C'est à chacun de savoir s'il elle a vraiment envie d'avoir un contact sexuel avec quelqu'un. Écoutez ce que vous dit votre petite voix intérieure. Elle vous donne très souvent des indices sur ce qui est en train de se passer.
Le consentement légal. Indépendamment du consentement personnel, la loi dicte l'âge à partir duquel un adolescent est en mesure de donner son consentement à avoir des activités sexuelles et ce, sous certaines conditions seulement. Selon l'âge, plusieurs éléments doivent être considérés pour juger du consentement légal.
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Rappelez-vous que vous avez le droit:
  • d'accepter ou de refuser une activité sexuelle;
  • de choisir chacun des comportements qui font partie d'une relation sexuelle (embrasser ou accepter de se faire toucher n'est pas un laissez-passer pour d'autres contacts intimes ou sexuels);
  • de changer d'idée en cours de route.
Sans l'ombre d'un doute, vous n'étiez pas en mesure de donner votre consentement si:
  • vous craigniez de réagir;
  • vous n'aviez pas d'autre choix que de faire ce que l'autre demandait;
  • vous avez été contraint par la force physique ou psychologique, ce qui inclut le chantage, l'intimidation, la manipulation et la menace;
  • vous étiez sous l'effet de l'alcool ou de la drogue;
  • vous dormiez.

Référence
Ligne téléphonique pour venir en aide et mieux orienter les victimes d'agression sexuelle, dans toutes les régions : 1-888-993-9007 ou à Montréal : 514- 993-9007
 Dernière révision
10 Août 2009

Source : http://www.servicevie.com/vie-sexuelle/abus-deviances-et-dependances/agression-sexuelle-les-blessures-de-l-ame/a/2019

Les agressions sexuelles précoces, pas toujours punies par la justice



  Métro
Au Québec, le quart des agressions sexuelles sont commises par des adolescents.
12 ans
C’est l’âge auquel un enfant peut être accusé d’une offense criminelle au Canada. Jusque dans les années 1980, cet âge était plutôt fixé à sept ans, comme c’est toujours le cas dans certains États américains. En Angleterre, cet âge a été fixé à 10 ans, en France, à 13 ans, et en Suisse et dans les pays scandinaves, à 15 ans.

Les agressions se­xuel­les commises par des enfants sont un phénomène rare, mais bien réel. Toutes ne sont cependant pas punies par le droit criminel. Alors qu’un adolescent de 12 ans auteur d’un viol peut être accusé d’une offense criminelle, un adolescent de 11 ans qui a commis le même geste s’en sortira sans aucune sanction.

Au Canada, les agresseurs âgés de moins de 12 ans ne peuvent en effet faire l’objet d’une poursuite criminelle. «Il existe une présomption d’absence de discernement qui ne peut être renversée, explique la professeure de droit pénal Diane Labrèche. Le droit criminel juge qu’il n’est pas opportun d’intervenir auprès de ces enfants, qui ont davantage besoin de traitements.»

C’est donc la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) qui prend en charge le dossier du jeune agresseur et qui détermine de façon confidentielle les mesures à adopter. La vie de l’enfant est passée au crible : Comment se comporte-t-il à la maison et à l’école? Reçoit-il du soutien de ses parents? Comprend-il la gravité de son geste? Éprouve-t-il des remords? A-t-il de l’empathie pour la victime?

Dans une majorité de cas, l’enfant reste dans sa famille et continue à mener une vie relativement normale. La famille reçoit l’aide d’un psycho-éducateur ou d’un intervenant social afin de développer des façons de mieux encadrer l’enfant.

Exceptionnellement, l’enfant sera hébergé chez des membres de sa famille élargie, dans une famille d’accueil ou dans un centre de réadaptation. «Pour certains parents, les gestes de cette nature sont tout simplement inacceptables et la situation familiale devient intenable, explique Nathalie Bibeau, adjointe à la Directrice de la protection de la jeunesse de Montréal. La mise à distance de l’adolescent devient alors nécessaire pour un certain temps.»

Responsabiliser et non punir
L’agression sexuelle d’une fillette de 9 ans par deux garçons de 9 et 11 ans et demi, survenue l’automne dernier dans une petite ville de la région de Lanaudière, avait soulevé l’indignation. La mère de la fillette, qui avait été agressée pendant plusieurs heures, avait dénoncé l’impunité des deux agresseurs.

«Ça peut être frustrant pour la famille d’une victime de savoir qu’il n’y aura pas de poursuite criminelle», reconnaît Nathalie Bibeau. À la DPJ, cependant, le mot d’ordre est «responsabiliser» et non «punir». L’enfant doit prendre conscience de son geste et apprendre à ne plus le reproduire.

«Il ne faut pas que le public pense que, parce qu’un enfant n’a pas l’âge d’être accusé, aucune mesure n’est prise, souligne Patrick Turcot, directeur adjoint des Services aux jeunes contrevenants des Centres jeunesses de Mont­réal, sans vouloir se prononcer sur ce cas précis. Est-ce si important qu’un jeune soit tatoué “jeune contrevenant”? L’important, c’est de le responsabiliser.»

L’aspect punitif, l’enfant le vit d’une autre façon, selon Nathalie Bibeau. «Ce n’est pas parce qu’il n’y pas de plainte au criminel que l’enfant ne sent pas la désapprobation sociale.»

Et la victime? «On vérifie si les parents sont en mesure de protéger la victime et de lui offrir l’aide requise. Si c’est le cas, il n’y a pas lieu de retenir les services de la DPJ», explique Mme Bibeau.

Une agression peut être prévenue dès la petite enfance
Inutile de blâmer l’internet et l’hypersexualisation des jeunes lorsque vient le temps de déterminer les causes pour lesquelles un jeune commet une agression sexuelle. Dans la plupart des cas, son trouble de comportement trouve sa source dans sa petite enfance.

Le psychologue Richard E. Tremblay, spécialiste de l’agressivité enfantine, ex­plique les troubles de comportement tels que l’agression sexuelle par le fait que l’enfant n’a pas appris à contrôler son agressivité dès les premières années de sa vie. «Les adoles­cents qui ont des problèmes de comportement en avaient aussi à l’âge de deux, trois et quatre ans, précise-t-il. On ne devient pas délinquant à l’adolescence.»

On le sait, tous les enfants peuvent se montrer cruels. «Mais certains plus que d’autres», précise M. Tremblay. Le comportement de l’enfant est largement influencé par celui de ses parents et s’inscrit dans un long cercle vicieux. Souvent, ses parents n’ont pas appris à contrôler leur agressivité pendant leur enfance, parce que leurs propres parents ne l’avaient pas appris non plus, et ainsi de suite.

Il n’est pas rare que ces jeunes aient aussi été victimes d’abus sexuels ou aient été témoins de comportements sexuels anormaux à la maison. «Les jeunes qui ont été abusés sexuellement reproduisent parfois ce comportement afin d’entrer en relation avec les autres», indique Nathalie Bibeau de la DPJ. «Ils sont aussi des victimes, pense Richard E. Tremblay. Les punir ne servirait qu’à les “victimiser” davantage.»

Selon M. Tremblay, il est fondamental que les troubles de comportement soient dépistés et traités dès la petite enfance, en offrant notamment du soutien aux parents. «Si on intervient à 10 ou 12 ans, il est déjà trop tard», tranche-t-il.

Source : /www.journalmetro.com/Linfo/article/175429?pageno=all